Archives du mot-clé 2014-S#20

La Chiva Gantiva : Vivo

En matière de tectonique des plaques, tout commence par une légère dépression, en profondeur, qui met en branle la machine, tandis que tout un tas de vibrations se font sentir, qui emportent peu à peu avec elles l’ensemble des inerties. Bien souvent pourtant, pour soi, tout a commencé par le sel qui se déplaçait sur la table, comme pris par une soudaine envie de liberté, d’improvisation et qui nous emporte dans sa danse.

C’est ce piment-là que La Chiva Gantiva injecte dans chacune de ses compositions, de sorte que les trois Colombiens exilés à Bruxelles, entourés maintenant d’un tas de jeunes artistes Belges, qui aux cuivres, qui aux cordes, livrent avec Vivo, leur nouvel album, un beau panel de leur talent. Baignés à la culture afro-funk des années 7Os, à laquelle ils ont mêlé celle, autrement dansante, de leur Colombie d’origine, à grands renforts de percussions caribéennes, convoquant là la cumbia, là la salsa, et bien d’autres rythmiques (chirimia, champeta, …), chacune apportant son originalité propre à ce raz-de-marée électro-funky, qui n’est pas sans rappeler les emportements d’une Mano Negra qui manque dans le paysage de déréliction actuel, ou encore des Négresses Vertes, à l’énergie si compulsive.

Il semble bien qu’au-delà de la vague de renouveau du genre, pour laquelle la Belgique sait se faire terre d’accueil, comme elle a toujours su le faire, que ses recrues soient d’origine latino ou africaine, la Chiva Gantiva parvienne à se hisser en figure porteuse d’un message positif de partage, de valeurs, d’énergie constructive commune, qui ne saurait laisser indifférent et qui ramène la musique et la danse au cœur de considérations tout simplement humaines. Que viva la Chiva gantiva !


Regarding plate tectonics, everything begins with a light depression, in depth, which sets in motion the machine, whereas a whole lot of vibrations are felt, whichtake little by little with them all the slowness. Very often nevertheless, for oneself, everything began with the salt which moved on the table, as taken by a sudden desire for freedom, for improvisation and which takes us in its dance.

It is this hot pepper which La Chiva Gantiva injects in each of its compositions, so that these three Colombians exiled in Brussels, surrounded now with a heap of young Belgian artists, who in brass instruments, who in chords, deliver with Vivo, their new album, a beautiful panel of their talent. Bathed in the culture afro-funk of the years 7Os, with which they mixed that, otherwise dance, of their original Colombia, with a lot of Caribbean percussions, summoning there the cumbia, there the salsa, and many others rhythmic (chirimia, champeta), each bringing the originality appropriate to this electro-funky tidal wave, which is reminiscent of the furies of Mano Negra which is lacking in the current landscape of dereliction, or still Négresses vertes, with their energy so compulsive.

It seems good that beyond the wave of revival of the genre, for which Belgium knows how to be made land of welcome, as it knew always how to make it, as its recruits are of origin South American or African, La Chiva Gantiva succeeds in raising itself in expanding figure of a positive message of sharing, values, common constructive energy, which could not leave unmoved and which returns the music and the dance at the heart of simply human considerations. Que viva la Chiva gantiva !

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Wye-Oak : Shriek

Le duo de Baltimore Wye-Oak nous revient, avec un album en forme de grimace, pied de nez aux modes et aux tendances, du nom de « Shriek », Lire la suite Wye-Oak : Shriek

The Pains of being pure at heart : Du coeur | From the heart

Avec un nom pareil, il n’était pas évident de se faire connaître, et pourtant les jeunes Américains de The Pains of being pure at heart, qui évoluent entre pop et rock Lire la suite The Pains of being pure at heart : Du coeur | From the heart

Joy : Join the Dots

Tom Dougall a bien décidé de mener son jouet préféré dans la cour des grands, ne craignant depuis maintenant plus d’un an ni les coups ni les bosses, puisque, non content d’avoir balancé un premier pavé dans la marre en 2013, manière d’éclabousser sans autre prétention le monde pop / rock international de ses compositions aux allures industrielles, Lire la suite Joy : Join the Dots

H.R. GIGER : Alien Nation

Il n’était pas simplement le créateur d’Alien, puisque c’est ainsi que voudraient nous le présenter tous les tabloïds, en ce jour de deuil où Hans Ruedi, dit H.R. Giger, nous a quittés, à l’âge de 74 ans. Comme nous l’illustrons presque par provocation , le génie suisse de la transformation des corps a également réalisé, outre l’artwork de Attahk pour le groupe de jazz rock Magma, la magnifique araignée métallique et futuriste de Mylène Farmer, le pied de micro sensuel de Jonathan Davis (Korn) ou encore une machine infernale pour un clip de Kate Bush, que beaucoup ont déjà oubliée. Manière d’illustrer que le rapport qu’entretenait le maître fantastique du surréalisme industriel, avec cet art, n’était pas anodin.

L’innovation, la transfiguration, l’imagination faite matière est bien ce qui animait Magma à cette période donnée et qui a animé l’oeuvre de Giger à travers des décennies. Peu ou prou, la démarche révolutionnaire déstructurante de Korn dans sa période Follow the leader remuait à sa manière une sorte d’inconscient collectif, fait de peurs, de retraites et de non-dits, que la mise en lumière rendait visible à la fois dans sa violence, sa provocation, tout ce que H.R. Giger avait su signifier, non sans humour, à travers cet univers à la fois glauque et génial, mêlant sexe, acier, noirceur, faisant ainsi se rencontrer humains et créatures fantastiques modernes. Reste en paix, toi qui fus pour nous l’initiateur d’une dépendance rêvée ou avérée à l’autre côté, quelles qu’en aient été nos représentations, quelles qu’aient été nos attentes, nos désirs, nos fantasmes, nos peurs, nos faiblesses et nos humanités. Nous sommes tous les enfants d’une Alien nation, élevés à la tétine du débordement, de la matière réinventée, refondue, initiatrice, heureux de notre héritage, sensibles à nos accomplissements, fiers de nos inachèvements, symboles d’infinitude.


He was not simply the creator of Alien, since this is the way that would want to present him to us all the tabloids, on this day of mourning where Hans Ruedi, says H.R. Giger, left us, at the age of 74. As we illustrate it almost by provocation, the Swiss genius of the transformation of bodies also realized, besides the artwork of Attahk for the group of jazz-rock Magma, the magnificent metallic and futuristic spider of Mylène Farmer, the foot of Jonathan Davis’s sensual microphone ( Korn) or another infernal machine for Kate Bush’s clip, which many have already forgotten. Way of illustrating that the relationship which maintained fantastic master of the industrial surrealism, with this art, was not harmless.

The innovation, the metamorphosis, the imagination made material is good what livened up Magma in this given period and what livened up the work of Giger through decades. More or less, the revolutionary déstructurante approach of Korn for his period Follow the leader moved in its own way a kind of collective unconscious, made by fears, by pensions and by unspoken, that the brought to light made visible at the same time in its violence, its provocation, all that H.R. Giger had known how to mean, not without humor, through this at the same time glaucous and brilliant universe, mixing sex, steel, blackness, so making meet itself human beings and modern fantastic creatures. Rest in peace, you who were for us the initiator of a dependence dreamed or turned out in the other side, whoever were our representations, whoever were our expectations, our desires, our fantasies, our fears, our weaknesses and our humanities. We are all the children of one Alien nation, raised to the pacifier of the overflowing, the reinvented, melted again material, initiator, happy of our inheritance, sensitive to our fulfillments, proud of our incompletions, symbols of indefiniteness.